À PROPOS DES PALIMPSESTES

« L'art est la magie délivrée du mensonge d'être vrai. »

Theodor W. Adorno

 

 

 

Je ne suis pas photographe.

 

La photographie est utile.la photographie est documentaire.

Elle fixe dans une définitive  glaciation  la brièveté d’un geste, d’une expression, d’une rencontre spatiale, d’un éclairage, elle s’empare d’un événement  réel dont elle restera le témoignage.

Au contraire de la peinture, la photographie ne prend jamais tout à fait son indépendance, elle rend compte d’un moment, d’un lieu dont elle est à jamais indissociable.

Voilà pourquoi je ne suis pas  un photographe.

Mon processus créatif est aussi distinct de celui du photographe que la démarche des peintres cubistes l’était de celle de la peinture d’observation.

Le peintre cubiste n’est pas soumis à la dictature du réel.

 Il rassemble, en une seule représentation, différents moments, différents angles d’observation (comme le faisaient les artistes de pharaon !) et parfois même différents sujets. Le peintre cubiste s’approprie le temps et l’espace ainsi son oeuvre n’est plus que l’incarnation d’une pensée libérée des contingences.

Je me sers d'un appareil photo parfois, mais je ne me considère pas photographe mais je me vois plutôt comme un plasticien cubiste...

 

Patrick Baillet

 


Nous voyons ce que nous voulons voir...

 

J‘ai toujours été fasciné par les limites de la machine humaine incapable d’échapper à la subjectivité et une permanente interprétation de la réalité. Nos sens, notre fonctionnement cérébral nous empêche de considérer le monde autrement qu’au travers des filtres déformants de notre anthropocentrisme d’abord, de nos égocentrismes ensuite, réduisant le cosmos à nos préoccupations, à nos besoins, à des rapports limités aux effets à leurs conséquences.

Bien sûr les démarches scientifiques et philosophiques nous révèlent régulièrement l’étroitesse de notre regard. Pourtant cela ne suffit pas et nous continuons de voir le soleil qui tourne autour de la terre!

Nous sommes des machines à plier le réel pour nous en faire un coussin sur lequel nous pouvons nous asseoir plus confortablement.

Pour en venir à l’art, je reste naïvement subjugué par sa magie illusionniste. Ainsi  il nous faut faire un effort pour nous rappeler, un bref instant, que nous avons devant nous des pigments agglomérés, des encres étalées sur une toile ou une feuille de papier. Un bref instant, avant d’être à nouveau aspiré par la représentation : du paysage, du personnage et par la fenêtre qui s’ouvre ainsi dans le mur (aussi malhabilement figurée soit elle !).

Ainsi l’artiste est à la fois un initiateur qui révèle notre handicap mais c’est aussi un escroc car il en joue, en sachant bien que nous ne pouvons y échapper. C’est un état d’esprit qui ne me quitte jamais lorsque je peins ou lorsque je travaille mes images photographiques. Il me plait de circuler ainsi dans un équilibre précaire à la limite du réel, parfois manipulateur, souvent manipulé par ma propre subjectivité et mes propres fantasmes.

Cela démontre peut-être ainsi que l’esprit ne peut exister hors des contraintes de la matière et que la grandeur de l’homme se situe peut-être dans ce qu’il parvient à faire de ses insuffisances.

Enfin comme cela nous fait plaisir de le croire …

 

P. Baillet

 

 

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